« Hâte-toi de transmettre »
René Char, Commune présence, in Le Marteau sans maître (1934-1935), éditions José Corti.
René Char, Commune présence, in Le Marteau sans maître (1934-1935), éditions José Corti.
Apprendre le grec ancien, ce n’est pas seulement apprendre une langue : c’est retrouver, derrière les mots, les formes de pensée, les images et les paysages qui ont donné naissance à notre civilisation.
C’est cette conviction qui est à l’origine de la création de Paideusis.
Le grec ancien est bien davantage qu’une discipline d’étude. Il est une école d’attention, de rigueur et de sensibilité au langage. Il apprend à regarder les mots avec davantage de précision, à en suivre les métamorphoses, à en retrouver les origines et les correspondances dans notre propre langue. Il conduit peu à peu à une lecture plus exigeante des textes et, à travers eux, à une compréhension plus profonde du monde qui est le nôtre.
Cette expérience est aussi celle de la lecture des auteurs grecs. Chaque texte invite à franchir la distance qui nous sépare de lui pour mieux revenir à notre propre langue. Traduire devient un exercice de précision, mais aussi une école d’attention, de discernement et d’intelligence des langues.
Adepte d’un langage excellent de précision, Alexander Kluge exprime admirablement cette expérience lorsqu’il écrit que ce n’est qu’après avoir « traduit en latin ou en français » ce qu’il voit ou pense qu’il peut le restituer avec justesse dans sa propre langue. La langue étrangère devient alors un miroir qui permet de mieux saisir sa propre pensée et de l’exprimer avec davantage de justesse[1].
C’est ce chemin que Paideusis vous invite à parcourir : celui d’une lecture attentive des auteurs de la Grèce antique, fondée sur la rigueur grammaticale, la précision de la traduction, l’étymologie et la fréquentation des grands textes. Peu à peu, les mots révèlent leurs liens, leurs images et leurs résonances. Ils ouvrent l’accès à une manière de penser qui continue de nourrir notre civilisation.
Nous vous invitons ainsi à découvrir l’art souverain du dire et l’inimitable séduction des approches ambiguës, dont témoignent ces quelques lignes de Platon et d’Héraclite :
Ἡ γὰρ θεία τοῦ ὄντος φορὰ ἔοικε προσειρῆσθαι τούτῳ τῷ ῥήματι, τῇ ‘ἀληθείᾳ,’ ὡς θεία οὖσα ἄλη. Platon, Cratyle, 421β
Ποταμοῖς τοῖς αὐτοῖς ἐμβαίνομέν τε καὶ οὐκ ἐμβαίνομεν, εἶμέν τε καὶ οὐκ εἶμεν. Héraclite, Fragment 49α
Anne Sokołowska, Agrégée de Lettres classiques
Fondatrice de Paideusis
[1] « J’ai deux sources à partir desquelles je renouvelle en permanence l’écriture de mes textes. Ce sont d’une part les modèles latins comme Ovide et Tacite, ou français tels que Montaigne, Gide ou Flaubert. Et ce n’est qu’après m’être, pour moi-même et dans ma propre langue, traduit en latin ou en français ce que je vois ou ce que je pense, que je suis à même de le reproduire avec justesse en allemand. » Il poursuit : « Vous ne pouvez pas faire passer tout ce que vous ressentez profondément dans le langage de tous les jours (…). Mais grâce au miroir d’une langue étrangère, je le rends objectif – comme si je ne le disais pas moi-même – de manière à pouvoir en parler, moi avec d’autres. »
(Chroniques des sentiments, Éditions P.O.L, 2011.)